Régates préliminaires de la 38e Coupe de l’America Louis Vuitton : La route vers Naples
Apprenez en plus sur les régates préliminaires de la 38e Coupe de l’America Louis Vuitton qui se déroulent à Cagliari en Sardaigne.
Publié le | 14 minutes de lectureIl y a des compétitions sportives, comme le Grand Prix du Canada qui se déroule cette fin de semaine à Montréal, et il y a la Coupe de l’America. Ce n’est pas une question de condescendance envers les autres disciplines — c’est simplement une réalité d’une autre nature. Depuis 1851, cette épreuve disputée sans interruption, la plus ancienne compétition sportive organisée au monde, n’a jamais vraiment appartenu au registre ordinaire du sport. Elle est l’affaire de nations qui s’y engagent comme d’autres s’engagent en politique : avec des budgets vertigineux, des alliances stratégiques, des rivalités qui se transmettent d’une édition à l’autre, et une obsession technologique qui place régulièrement la voile de compétition à l’avant-garde de l’ingénierie mondiale. Mais passons aux choses sérieuses, les régates préliminaires de la 38e Coupe de l’America Louis Vuitton ont débuté et la route vers la Coupe est débutée !
La 38e édition, sous l’égide de Louis Vuitton, ne fera pas exception. Et elle commence dès maintenant — non pas à Naples, où se tiendra l’événement principal en 2027, mais sur les eaux méditerranéennes d’une Sardaigne resplendissante et, plus tard dans l’année, dans la baie légendaire de Naples elle-même. Ce que les initiés appellent la « Route vers Naples » est déjà en marche.
Une compétition hors du commun

Photo : Ian Roman | Coupe de l’America
Pour comprendre pourquoi les régates préliminaires de la 38e Coupe de l’America Louis Vuitton méritent l’attention, il faut d’abord saisir ce qu’est devenue cette compétition au cours des derniers cycles. La Coupe de l’America a longtemps été perçue comme une affaire ésotérique réservée aux initiés — des courses au large dont les subtilités tactiques échappaient au grand public. Puis vint la révolution des foils.
Depuis la 35e édition aux Bermudes en 2017, les voiliers de la Coupe volent littéralement. Perchés sur des appendices hydrodynamiques (foils) qui les soulèvent au-dessus de la surface, ils atteignent des vitesses qui défient l’entendement : plus de 50 nœuds pour les grands AC75 de la dernière édition barcelonaise, soit près de 95 kilomètres à l’heure sur l’eau. La comparaison avec le vent réel — souvent trois ou quatre fois inférieur à la vitesse des bateaux — appartient désormais au passé. Ces machines sont des formules 1 marines, conçues par des équipes d’ingénieurs aéronautiques, de spécialistes en mécanique des fluides et de designers de génie, le tout au service d’une poignée de marins d’élite capables de les dompter.
La 37e édition à Barcelone, remportée une fois de plus par Emirates Team New Zealand face aux challengers, a consacré ce nouveau paradigme. Les courses en flotte des régates préliminaires à Vilanova i la Geltrú, Djeddah et Barcelone ont capté l’attention d’un public mondial : rapides, serrées, visuellement spectaculaires, elles ont démontré que la voile de haut niveau pouvait rivaliser en intensité dramatique avec n’importe quel sport automobile.
La 38e édition promet de pousser le spectacle encore plus loin. Et les régates préliminaires de 2026, en Sardaigne d’abord, à Naples ensuite, en sont la première manifestation concrète.
Les AC40 : des machines foudroyantes

Photo : Ricardo Pinto | Coupe de l’America
Pour ces régates préliminaires, les équipes s’affrontent sur des AC40 — des voiliers monotypes entièrement standardisés, conçus comme les petits frères des AC75, qui domineront le grand rendez-vous de Naples 2027. La standardisation est totale : chaque équipe reçoit le même bateau, sans modification possible de la coque ni des appendices. L’avantage ne peut venir que de la navigation, des réglages et des décisions tactiques prises à la volée.
Ce détail change tout à la lecture des résultats. Quand un équipage devance ses adversaires sur des AC40, c’est le talent pur qui s’exprime — pas la supériorité technologique d’un bureau d’études mieux financé. C’est précisément ce qui rend ces régates préliminaires si révélatrices pour qui veut anticiper la hiérarchie de 2027.
Ces voiliers de dix mètres, capables de dépasser 40 nœuds sur leurs foils, embarquent quatre équipiers : deux barreurs et deux régleurs. À ces vitesses, le moindre désaccord de réglage, la moindre hésitation aux virages de bord peut coûter plusieurs longueurs en quelques secondes. Les équipes qui excellent sur les AC40 développent une forme de télépathie collective que les meilleurs entraîneurs du monde peinent encore à formaliser en protocoles d’entraînement.
Le format des régates est à la hauteur de la machine. Jusqu’à huit courses en flotte — réparties sur trois jours — établissent un classement préliminaire. Les deux meilleures équipes s’affrontent ensuite dans un match race en tête-à-tête, le duel ultime où chaque décision tactique peut faire basculer le résultat. Aucun point ne sera reporté sur la Coupe Louis Vuitton de 2027, mais la dynamique psychologique, elle, se construit maintenant. Une victoire en Sardaigne ou à Naples au stade préliminaire, c’est un signal fort envoyé à ses adversaires — et à ses propres équipiers.
Particularité notoire de ce 38e cycle : chaque équipe peut inscrire un second AC40 équipé exclusivement de membres de ses programmes Jeunes et Femmes. La quasi-totalité des équipes devrait saisir cette opportunité, témoignant d’un engagement sincère envers la relève de la voile mondiale. Pour ces jeunes marins, naviguer dans le sillage des meilleurs équipages du monde sur le même plan d’eau, dans les mêmes conditions, représente une expérience formatrice sans équivalent.
Régates préliminaires de la 38e Coupe de l’America Louis Vuitton : Les équipes en lice

Photo : Ian Roman | Coupe de l’America
Huit équipes disputent cette campagne première préliminaire, chacune avec sa propre histoire, ses ambitions et son rapport particulier à la Coupe de l’America.
- Emirates Team New Zealand
- Emirates Team New Zealand Women & Youth
- GB1
- Athena Pathway: Women & Youth Team
- Luna Rossa 2: Senior Team
- Luna Rossa 1: Women & Youth Team
- Tudor Team Alinghi
- La Roche-Posay Racing Team
Emirates Team New Zealand est le Défenseur (Defender) — le tenant du titre.
Les Néo-Zélandais incarnent la domination moderne de la Coupe : ils ont remporté trois des quatre dernières éditions, et leur culture d’innovation technologique est sans pareille dans le circuit. Naviguer contre « Etnz », comme on les appelle dans le milieu, c’est affronter une organisation qui vit et respire la Coupe de l’America depuis des décennies. Ils arrivent en Sardaigne avec la sérénité tranquille des champions — et l’œil acéré de ceux qui savent exactement ce qu’ils cherchent à évaluer chez leurs futurs adversaires.
GB1
Voici le Challenger officiel désigné pour la 38e édition (Challenger of Record), représente la Grande-Bretagne dans cette campagne. L’organisation, discrète mais rigoureuse, cultive une approche méthodique qui rappelle les meilleures traditions de la voile britannique. Difficile à lire en amont des courses, GB1 (précédemment connu sous le nom de INEOS Britannia) fait partie des équipes dont on découvrira le vrai niveau sur l’eau.
Luna Rossa
L’équipe qui était le Challenger officiel de la 37e édition et le challenger naturel sur ces eaux méditerranéennes. L’équipe italienne, soutenue par Prada, incarne l’élégance et la rigueur qui caractérisent les meilleures équipes du circuit. En Sardaigne, Luna Rossa navigue sur ses terres — l’équipe s’y est entraînée intensivement, apprenant les moindres subtilités de la baie de Cagliari. Devant un public qui lui est acquis d’avance, la pression est à la fois un carburant et un risque. Les Italiens voudront briller.
Tudor Team Alinghi
Comment ne pas penser à celle porte les couleurs de la Suisse — paradoxe charmant pour une nation sans façade maritime — avec le soutien de la manufacture horlogère Tudor. L’équipe suisse a une histoire riche avec la Coupe de l’America, ayant remporté l’édition 2003 à Auckland et défendu le titre en 2007 à Valencia. Le partenariat avec Tudor confère à l’équipe une identité forte, à l’intersection de la précision horlogère et de la performance sportive — un mariage que les lecteurs de Gentologie apprécieront à sa juste valeur.
La Roche-Posay Racing Team
La France complète le plateau des participants à la première régate préliminaire, apportant avec elle l’un des partenariats les plus inattendus du circuit : une marque de dermatologie clinique dans l’univers de la voile de pointe. Au-delà de l’anecdote, c’est une équipe sérieuse, déterminée à se faire une place dans la hiérarchie de la Coupe.
Emirates Team New Zealand, Luna Rossa et GB1 aligneront chacun deux AC40 en Sardaigne — leur équipage principal et leur programme Jeunes et Femmes — portant la flotte à huit voiliers sur la ligne de départ. Tudor Team Alinghi et La Roche-Posay Racing Team n’enverront qu’une seule équipe pour cette première régate.
Le plateau s’annonce d’ailleurs plus fourni que prévu pour la suite de la saison. Deux nouvelles équipes, annoncées respectivement en avril et mai 2026, rejoindront certainement le circuit lors des prochaines régates préliminaires.
Team Australia
Les kangourous de l’eau signent un retour très attendu — la dernière participation australienne remontant à 2000. Tom Slingsby, médaillé d’or olympique et double champion du monde de voile, prendra la barre, épaulé par Glenn Ashby, triple vainqueur de la Coupe, au poste de directeur des performances. Derrière eux, Grant Simmer — l’un des artisans de la légendaire campagne Australia II de 1983 — dirige l’équipe. Un état-major chargé d’histoire.
American Racing Challenger Team USA
L’équipe incarne un retour dont personne ne voulait se passer : sans cette confirmation, Naples 2027 aurait été la première édition de toute l’histoire de la Coupe sans équipe américaine. Portée par les entrepreneurs Karel Komárek et Chris Welch, représentant Sail Newport, l’équipe s’est bâtie sur les actifs d’American Magic — dont l’AC75 Patriot — et confie sa direction à Ken Read, double lauréat du Rolex Yachtsman of the Year. L’Amérique est de retour.
Régates préliminaires de la 38e Coupe de l’America Louis Vuitton : Cagliari, mai 2026 : la Sardaigne ouvre le bal

Photo : Ian Roman | Coupe de l’America
La première des régates préliminaires de la 38e Coupe de l’America Louis Vuitton se tient dans la baie de Cagliari depuis le 21 mai jusqu’au 24 mai 2026, et il serait difficile d’imaginer cadre plus saisissant pour ouvrir un nouveau cycle de la Coupe de l’America. Cagliari n’est pas une ville qui s’offre immédiatement — elle se mérite, comme toutes les grandes destinations méditerranéennes. Il faut lever les yeux vers ses bastions perchés, déambuler dans le quartier du Castello, s’arrêter sur le Bastione di Santa Croce au coucher du soleil pour comprendre pourquoi les Sardes parlent de leur capitale avec une fierté qui n’a rien d’artificiel.
La baie de Cagliari, elle, est une école de navigation. Protégée mais ouverte aux vents réguliers du large, elle offre des conditions qui mettent à l’épreuve la capacité des équipages à s’adapter rapidement — un critère déterminant dans les courses en flotte où les hiérarchies se bouleversent à chaque changement de brise. Pour un équipage qui cherche à évaluer ses automatismes sur les AC40, c’est un terrain d’essai idéal.
Sur le plan culturel et gastronomique, Cagliari offre aux équipes et aux visiteurs un aperçu de ce que la Sardaigne a de plus authentique. La cuisine sarde — porceddu rôti à la broche, malloreddus au safran, pecorino affiné en cave — est l’une des grandes cuisines régionales italiennes, trop souvent éclipsée par ses voisines continentales. Les vins de la région, notamment le Cannonau et le Vermentino di Sardegna, méritent à eux seuls le détour. La Sardaigne est, à bien des égards, une Italie avant l’Italie — une civilisation nuragique de plusieurs millénaires qui a absorbé Phéniciens, Romains, Pisans et Aragonais sans jamais perdre son caractère propre.
Naples, septembre 2026 : l’avant-goût de l’histoire
Du 24 au 27 septembre 2026, c’est Naples qui entrera dans l’effervescence de la Coupe de l’America avec la deuxième régate préliminaire de l’année. Et le symbole est fort : pour la première fois, les équipes navigueront dans la baie qui sera leur arène principale en 2027 — une occasion unique de lire les conditions locales, d’identifier les lignes de vent préférentielles, d’apprivoiser le Vésuve en toile de fond comme point de repère visuel lors des courses.
Naples est une ville qui déborde. Déborde de bruit, d’histoire, de contradictions magnifiques et de beauté brute. C’est la ville de Caravage et de Maradona, de la pizza marinara et du baroque napolitain, du Spaccanapoli qui fend la ville en deux comme un coup de sabre et des ruelles du Quartiere Spagnoli où l’on pourrait passer des heures à ne rien faire d’autre qu’observer. C’est aussi la ville qui regarde le Vésuve avec une familiarité teintée de fatalisme élégant — un rapport au temps et à l’éphémère que les meilleurs équipages de voile comprendraient instinctivement.
Pour la 38e Coupe de l’America Louis Vuitton, Naples écrira un chapitre inédit : celui de la première édition disputée en Italie dans toute l’histoire de la compétition. Depuis 1851, la Coupe a vogué de New York à Cowes, de Sydney à Auckland, de Valence à San Francisco, des Bermudes à Barcelone — mais jamais elle n’avait posé ses foils sur les eaux italiennes. En septembre 2026, la régate préliminaire sera comme un prologue à ce moment historique : les équipes se rodent, la ville s’habitue à son nouveau rôle, et les observateurs avisés prennent leurs premières notes sur ce que Naples réserve comme conditions de course.
Pourquoi y prêter attention
Les régates préliminaires de la Coupe de l’America ne sont pas des événements secondaires que l’on consulte dans les résultats sportifs du lendemain. Ce sont des fenêtres ouvertes sur la future hiérarchie — et des spectacles en eux-mêmes. Voir huit AC40 en flotte, volant à plus de 40 nœuds dans une rade méditerranéenne, est une expérience visuelle qui n’a pas vraiment d’équivalent dans le sport mondial.
Pour le gentleman qui voyage intelligemment, Cagliari en mai (il est peut-être un peu tard) ou Naples en septembre 2026 représentent des occasions rares : assister à un moment fondateur de la plus grande compétition nautique du monde, dans deux des plus belles villes de la Méditerranée, avant que la finale de 2027 ne transforme Naples en destination incontournable — et en escale inévitablement surpeuplée.
La Route vers Naples est en marche. Et comme toujours avec la Coupe de l’America, le voyage compte autant que la destination. Et rappelons que c’est encore une fois OMEGA qui sera le chronométreur officiel de cette 38e édition.
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