Être un gentleman : au-delà des bonnes manières
Qu’est-ce qu’être un gentleman en 2026 ? Un texte d’opinion sur le respect, la masculinité positive et le courage d’agir — au-delà des bonnes manières.
Publié le · Mis à jour le | 12 minutes de lectureParfois, certains événements vous poussent à réfléchir sur ce que vous faites dans la vie. En tant qu’éditeur d’une publication qui veut faire de tous les hommes des gentlemen, il faut savoir s’élever, et prendre la parole, et aujourd’hui est le moment. Vous avez sans doute entendu parler, il y a quelques semaines, qu’un attentat a chamboulé la ville de Montréal. Je n’entrerai pas dans les détails de ce dernier, mais il me désole d’apprendre que l’un des motifs de ce crime est, encore une fois, la haine des femmes, comme plusieurs autres tristes événements semblables des dernières années.
J’aurais dû écrire cet article il y a longtemps. La raison derrière ce délai, est qu’il faut trouver le bon vocabulaire, la bonne intonation, le bon moment, et ceci demande du recul afin de témoigner à la gente masculine ce que doit être un gentleman. Ces événements déclenchent toute sorte d’émotions, et elles doivent en tout temps être exprimées autrement que par la violence.
De nos jours, il y a malheureusement encore plusieurs hommes qui semblent détester les femmes et tenir des propos misogynes. Et ces propos envers les femmes, vous l’aurez sans doute compris, ne conviennent pas du tout l’attitude d’un gentleman. Il faut, au contraire, les pousser vers le haut, les encourager à briser les plafonds de verre, les traiter comme nos égales. On a tous à gagner d’avoir des femmes fortes dans notre société.
Le mythe du célibat causé par les femmes
On présente souvent le couple homme-femme, dans notre société, comme symbole de réussite, sans oublier les autres déclinaisons comme le « power couple. » Je peux comprendre que devant tant de symboles, certains hommes éprouvent de la rancœur envers les femmes et qu’ils les accusent parfois de leur célibat. Je suis moi-même célibataire depuis quelques années, et non, ce n’est pas une situation toujours facile, mais ce n’est en rien la faute des femmes. Regardons nos parcours, la façon dont nous agissons avec les autres, dont on prend soin de nous (physiquement et mentalement), de la façon dont on courtise (en ligne et en personne), de notre train de vie, de la façon dont on s’exprime, s’habille, se présente, etc.
Et si après ça ne fonctionne pas, bien, il est aussi possible que la personne elle-même ne sache pas encore ce qu’elle cherche, ça arrive à tout le monde, hommes et femmes. Il ne faut pas chercher plus loin. Un non est un NON, toujours. Ce n’est certes pas toujours facile à entendre, mais on continue notre chemin et on repart sur d’autres pistes. Une relation ne se bâtit pas en criant ciseaux, mais en travaillant fort.
Est-ce que c’est évident ? Pas du tout. C’est même parfois difficile sur l’ego. Et dire que c’est la faute des féministes n’aidera en rien votre cause. Soyez féministes, messieurs, prenez le bord des femmes. Pas une en particulier, toutes les femmes. Mais comment être un allié alors qu’il peut être difficile de comprendre le mouvement et toutes ses luttes ?
Vous savez, même des féministes de renom se chicanent parce qu’elles n’ont pas le même point de vue sur ce que devraient faire les hommes. Le désaccord interne existe dans tous les mouvements sociaux et politiques, environnementalisme, syndicalisme, même dans le monde de l’horlogerie ou du whisky, les experts se chicanent constamment sur ce qui compte vraiment. Ce n’est pas un signe que le mouvement est incohérent, c’est un signe qu’il est vivant et qu’il regroupe des gens avec des vécus et des visions différentes.
Mais au lieu de prendre un bord ou l’autre, pourquoi ne pas se concentrer sur ce qui fait l’unanimité ; il existe une base assez large et peu contesté, le consentement, l’égalité de traitement, l’autonomie de décision, le respect, sur lequel il n’y a à peu près pas de débat, même chez les féministes qui ne s’entendent pas sur le reste.
Un homme qui veut être un allié n’a pas besoin d’arbitrer les chicanes internes du mouvement ; il doit se concentrer sur ces principes de base et les appliquer dans sa vie concrète, avec les femmes réelles qu’il côtoie.
À ceci je dis : nous sommes tous des humains, on fait tous des erreurs, nous sommes imparfaits, et l’on apprend tous les jours à devenir des meilleures personnes. Et si vous voulez être des alliés, ne vous tirez pas dans le pied en écoutant les propos des masculinistes.
La masculinité toxique, à bannir des comportements gentlemen
Oui, j’entends déjà les discours, associés à un ancien idéal masculin que certains veulent remettre de l’avant, qui prônait que les hommes ne devraient pas pleurer, que c’étaient pour les faibles, et d’autres idées rétrogrades. C’est totalement faux. Ce qui fait de vous un homme fort, c’est d’exprimer vos émotions de la bonne façon, votre capacité à aller chercher de l’aide ; pas des groupes masculinistes là, mais de professionnels de la santé. Vous n’êtes pas des hommes de Cro-Magnon, vous n’avez pas à être des dominants. Vous n’avez pas à prouver que vous êtes un homme, les gens le savent. Et ces comportements d’agression, d’humiliation, d’intimidation, font de vous une personne que les autres ne respecteront pas, et dont les agissements seront dénoncés. Pour finir, ça peut ne pas bien se terminer pour vous.
Vous avez le droit de ne pas bien aller, c’est bien plausible. L’Association canadienne pour la santé mentale1 estime qu’à Montréal, un homme sur cinq (21 %) serait en situation de détresse psychologique élevée et que 25 % des hommes sont en situation de détresse psychologique probable. Ce pourcentage grimperait à 39 % chez les hommes âgés de 25 et 34 ans. Parlez de santé mentale avec vos amis, demandez-leur comment ils vont.
Comment agir en tant que gentleman ?
Alors, si un gentleman n’est pas quelqu’un qui domine ou qui s’impose pour prouver sa masculinité, qu’est-ce que c’est, alors ?
D’abord, c’est un homme pour qui le respect est un réflexe, non pas une stratégie. Un gentleman traite les femmes avec égard même quand rien n’est en jeu, pas de rendez-vous à obtenir, pas de faveur à gagner. Le respect n’est pas un moyen d’arriver à quelque chose, c’est une façon d’être, tout le temps, avec tout le monde.
C’est aussi un homme qui assume la responsabilité de ses émotions. Être capable de nommer ce qu’on ressent, la frustration, la solitude, la déception, plutôt que de le retourner en colère ou en ressentiment contre les autres. Ce n’est pas une faiblesse d’aller chercher de l’aide ; c’est justement ce qui distingue un homme fort d’un homme qui refoule tout jusqu’à ce que ça explose.
Cette constance se retrouve aussi dans l’intégrité : un gentleman ne se comporte pas différemment devant ses amis et devant une femme qu’il courtise. Ce qu’il dit en privé, il serait prêt à le dire en public, ce qui ne veut pas dire que tout doit être public, remarquez. L’intégrité n’est pas de l’exhibition ; certaines choses restent entre vous et vous.
Cette même constance se voit également dans la façon de vivre l’échec. Un refus n’est pas une injustice à corriger, c’est une réponse à respecter. Savoir accepter un non sans amertume, sans chercher une explication qui n’existe pas, fait partie de ce qui définit un homme sûr de lui, au même titre que la fermeté sans l’agressivité. Se faire insulter ou rabaisser ne demande ni de courber l’échine ni de répondre par une insulte plus grosse. Un gentleman peut nommer les choses clairement, refuser d’être traité ainsi, sans jamais descendre au même niveau ; la confiance ne se prouve pas en gagnant une joute verbale, elle se voit dans le calme avec lequel on répond.
C’est ça, être un gentleman aujourd’hui : moins une question d’apparence, et davantage une question de constance et de savoir-vivre, être l’homme respectueux, peu importe qui te regarde, ce que tu obtiens, ou ce qu’on te refuse. Parlant de savoir-vivre, Comment agir en tant que gentleman dans une situation où une agression envers une femme se produit ?
Le courage tranquille : intervenir sans s’imposer
Un gentleman n’a pas à se mesurer physiquement à un inconnu pour bien agir. Je le répète : un gentleman n’a pas à se mesurer physiquement à un inconnu pour bien agir. Vous n’êtes pas dans un film de James Bond et ne tentez pas d’être un héros. Son rôle, votre rôle, c’est de rassurer et protéger la personne visée, pas de gagner un affrontement. Lorsqu’on est confronté à un inconnu qui nous harcèle, la vigilance physique devrait être notre priorité, même si le courage moral est également important. Voici comment agir, du plus discret au plus direct :
Votre sécurité passe avant tout. Face à un inconnu, vous ne connaissez ni son état d’esprit, ni s’il est armé, ni comment il va réagir. Ce n’est pas de la lâcheté de ne pas vous en mêler directement, c’est du jugement. Un gentleman n’a rien à prouver face à un inconnu potentiellement dangereux. Essayez ces 5 points, connus sous le nom des 5D2.
Distraire. Le geste le plus utile n’est pas nécessairement de s’adresser directement à l’agresseur, mais de créer une diversion qui casse la dynamique, sans demander à la victime de vous faire confiance sur-le-champ, ce qu’elle n’a aucune raison de faire venant d’un autre inconnu. Demandez des directions à la personne agressée, comme si vous ne saviez pas ce qui se passe. Renversez quelque chose. Posez une question qui n’a rien à voir avec la situation. L’objectif n’est pas de devenir son protecteur improvisé, mais de briser le moment pour lui donner une ouverture.
Déléguer. Signalez la situation à un commerçant, un chauffeur d’autobus, un agent de sécurité, un policier, ou simplement parlez assez fort pour attirer l’attention des gens autour. Un inconnu qui harcèle compte souvent sur l’anonymat et l’absence de témoins actifs, briser cet anonymat suffit parfois, sans un mot direct à lui.
Documenter. Si vous ne pouvez ou ne voulez pas intervenir sur le moment, documentez la scène : filmez ou enregistrez subtilement ou notez les détails, en demandant le consentement de la personne visée par la suite si c’est possible.
Différer. Si le moment est passé trop vite pour agir, revenez vers la personne après coup : un simple « Est-ce que ça va ? J’ai vu ce qui s’est passé » peut faire une vraie différence, même après le fait.
Direct, si la situation vous semble sécuritaire : l’inconnu n’est pas agressif physiquement, vous n’êtes pas seul, l’environnement est public et fréquenté. Une phrase suffit : « Ça suffit, laissez-la tranquille. » Pas de discussion, pas de justification à donner, juste une phrase claire, dite une fois. Si la personne réagit mal, reculez et passez à une autre option.
Appelez les autorités si la situation dégénère, sans hésitation, et sans y voir un aveu d’impuissance, même si certaines communautés peuvent en avoir peur, c’est mieux que d’avoir des fatalités.
Une note finale sur pourquoi les hommes devraient être des gentlemen
Être un gentleman aujourd’hui, c’est surtout refuser la haine (en personne et en ligne), refuser la domination, refuser le silence quand ça compte. C’est traiter chaque personne avec le même respect, peu importe la situation dans laquelle nous interagissons. Et c’est aussi prendre soin de soi-même pour ne jamais transformer sa propre douleur en violence envers les autres.
La prochaine fois qu’un ami tient des propos misogynes, dites quelque chose. Si vous sentez que vous allez vous aussi dans cette direction, contactez un professionnel et demandez de l’aide plutôt que de garder ça pour vous. Ce sont ces gestes-là, répétés, qui font un gentleman, pas une liste de règles, une habitude.
Ce combat n’est pas terminé, et il ne se gagnera pas sans vous. Parlez-en entre vous, avec vos amis, vos fils. Mais ne vous arrêtez pas là : dénoncez, prenez la parole, publiquement s’il le faut. Le silence des hommes de bonne volonté a trop longtemps laissé toute la place à ceux qui rabaissent les femmes.
Des ressources
- Hommes Québec
- Centre de ressources pour hommes de Montréal
- Option
- SOS Violence Conjugale
- Centre de prévention du suicide de Montréal (Anciennement Suicide Action Montréal)
Références
- Association canadienne de la Santé Mentale
- Le cadre des « 5D » (Distraire, Déléguer, Documenter, Différer, Direct) a été développé par l’organisme américain Right To Be, en collaboration avec le programme Green Dot. (En anglais)
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