L’art de multiplier son argent par Nicolas Bérubé : Retour vers le futur
Publié le · Mis à jour le | 12 minutes de lectureParler avec Nicolas Bérubé, journaliste à La Presse, est presque parler à un vieil ami. Je dis presque, car on ne s’est jamais rencontré en personne, mais écrit plusieurs fois, et je l’avais également interviewé pour son second livre, « De zéro à millionnaire : investir en bourse sans souffrir ». Me revoilà à le passer en entrevue une seconde fois, pour ce qui est la suite logique du 2e livre, « L’art de multiplier son argent : 17 leçons pour réussir en bourse ».
Le Québec, encore gêné de parler d’argent ?
Oui, ce livre est conçu pour les gens vivant au Québec, et M. Bérubé aborde d’entrée un problème que l’on a au Québec, surtout les francophones, et plus précisément ceux qui sont dans la province depuis plusieurs générations : la gêne de parler d’argent et le fait que les gens s’intéressent peu à la littéracie financière, alors qu’ils le devraient… Et pour ceux qui croient que ce livre est pour devenir riche rapidement, vous vous mettez le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Cette citation en avant-propos résume le point de vue de l’auteur.
« Je ne peux pas vous dire comment devenir riche rapidement ; je peux seulement vous dire comment devenir pauvre rapidement : en essayant de devenir riche rapidement. »
– André Kostolany, auteur et expert boursier
Un guide pour les finances québécoises
Peut-être que, comme moi, vos cours d’économie du secondaire sont loin. M. Bérubé avance par le fait même recevoir plus de 20 questions par semaine, et ceci, peu importe le temps de l’année (souvent à la suite de sa chronique « L’argent et le bonheur » publiée chaque dimanche dans La Presse), et trouve dommage que peu de gens dans l’espace public de façon impartiale et désintéressée. Et suite à ces chroniques et ses livres, il y a comme un effet boule de neige, les gens veulent en savoir plus, par exemple « Est-ce que je devrais investir à la bourse américaine en dollar américain, est-ce que je devrais seulement acheter des actions et non pas des obligations, car les actions ont un meilleur rendement », précise l’auteur. Alors que plusieurs des questions de ses lecteurs se répétaient, il a décidé de mettre le tout ce nouvel ouvrage. Il précise que ce livre vise un public déjà convaincu de vouloir investir, et non pas à convaincre ceux qui ne sont pas certains de vouloir le faire.
L’art de multiplier son argent : Un livre non biaisé
Ce que j’aime dans ce livre, c’est qu’il ne rapporte rien à l’auteur, autre que la vente du livre évidemment, alors que la majorité des conseils financiers rapportent à leurs vendeurs qui, parfois, que ce soit voulu ou non, vous cache un peu la vérité sur les frais et l’argent réel que vous dépensez pour leurs services. « Les gens me demandent parfois si je suis payé parce que je recommande souvent d’investir dans les fonds négociés en bourse (FNB), mais investir dans ceux-ci c’est comme un nutritionniste qui dit de manger plus de légumes et de faire de l’exercice (…) c’est en fonction des études qu’ils ont vu que c’était mieux de manger des carottes que du chocolat et, pour moi, c’est la même chose, je base mes recommandations sur ce que la recherche nous dit. Je ne recommande pas de produit spécifique, ce que je fais, c’est beaucoup plus de l’éducation, ajoute M. Bérubé. »
L’auteur est-il lui-même millionnaire ?
Bien qu’il esquive directement la question, l’auteur s’ouvre beaucoup sur son parcours personnel, que ce soit le fait qu’il ait fait plus d’argent lors de son séjour de correspondant aux États-Unis dans le début des années 2000, ou sur le fait qu’il n’ait pas une voiture de luxe ou un chalet de luxe dans les Laurentides. « L’avantage à mon âge, 48 ans, c’est que je m’intéresse aux finances depuis plus de 20 ans. Mon séjour aux États-Unis, avec une hausse de salaire importante, m’a permis de commencer à investir une partie de mes revenus, sachant que ce statut serait temporaire. Sans oublier l’exposition aux marchés financiers, alors que j’étais en Californie, ce qui, je crois, n’était pas aussi en vogue au Québec », ajoute le journaliste. Il souligne également que, pour plusieurs Québécois, investir signifie investir dans l’immobilier. Cependant, cela devient de moins en moins vrai aujourd’hui, comme l’a démontré la crise de 2008, aux États-Unis, où la valeur des maisons a chuté de près de 30 %.
Il ajoute également s’être intéressé du même coup à celui que l’on appelle l’Oracle d’Omaha, Warren Buffet, qui n’avait pas du tout le profil type de l’investisseur classique qui cherche le profit rapide, mais qui avait l’air d’une personne simple qui regarde sur le long terme.
L’art de multiplier son argent : des conseils à appliquer au quotidien
Toujours en lien avec M. Buffet, il nous dit que ces enseignements, et les marges de profits des entreprises de ce dernier étant moins élevés depuis les dernières années, l’ont poussé à regarder des études et la recherche afin d’explorer d’autres avenues. « Malheureusement, il y a beaucoup de gens qui tentent de nous faire peur dans cette industrie “C’est risqué, etc.”, et le message sous-jacent est : confiez-moi votre argent », de dire M. Bérubé. J’ajoutais de mon côté que c’est ces personnes malhonnêtes qui veulent faire de l’argent avec votre argent.
Il y a un mythe dont parle M. Bérubé et c’est celui selon lequel les gens pensent qu’ils payent des frais uniquement sur leurs rendements, mais ils payent des frais sur la totalité de la somme qui est investie. Et vous allez devoir payer ces frais, que vos rendements augmentent ou baissent, précise le journaliste.
Il nous précise également que plusieurs gens au Canada investissent avec leur banque, et ce n’est pas très rassurant, puisque plusieurs conseillers ont souvent peu de connaissance et leurs objectifs de vente passent souvent avant le service au client « Souvent les conseillers financiers affirment que vous payerez 2,5 % de frais, mais, si le rendement de cette année est de 5 %, moins les 2,5 %, et une inflation de 2,5 %, vous serez au même point qu’il y a 12 mois. Et ça, je ne suis pas certain que tout le monde le comprend clairement, » ajoute notre invité. Il nous précise également qu’un ajustement à une loi détaillera, de façon annuelle dès 2026, tous les frais bancaires sur vos placements. Selon ce que nous dit M. Bérubé, et j’ai tendance à le croire, les institutions financières semblent capitaliser sur le fait que la majorité des gens ne s’intéressent pas tant que ça à leurs finances.
Les 17 leçons pour réussir en bourse : Des apprentissages personnels à la dure ?
Vous vous demandez certainement d’où viennent ces leçons, certaines, sans nous le détailler précisément, viennent de mauvaise expérience alors que d’autres sont des questions que l’auteur se posait. « La leçon dont j’aime bien parler est “Plus l’histoire est belle, plus vos poches sont vides” est bien difficile à comprendre. Par exemple : un lecteur me dit, j’ai 20 ans et j’investis uniquement dans les entreprises de technologie parce que je crois que la technologie prendra de plus en plus de place dans les années à venir. L’idée est bonne, mais les prix des entreprises en bourse tiennent compte de ça. Si les gens pensent dépasser les gens par la droite, car ils ont eux cette idée, plusieurs l’ont eu avant eux. Ce n’est pas une idée qui va donner un rendement exceptionnel. Historiquement, les études nous démontrent que les secteurs forts dans une décennie ne le sont plus dans la suivante, » ajoute M. Bérubé. Il nous dit également que, bien souvent, les gens investissent en regardant dans le rétroviseur plutôt que de le faire en regardant dans le pare-brise « C’est normal, c’est humain, mais on doit se défaire de ce réflexe, car il faut investir pour le futur et non pas pour le passé, car la majorité des fonds vont diminuer et non pas poursuivre leur ascension jusqu’au sommet » précise l’auteur.
L’influence politique
Plusieurs personnes sont tentées d’investir aux États-Unis, mais l’auteur nous rappelle que les fonds canadiens ont battu à plat de couture les fonds américains de 2000 à 2010. « En 2020, les gens ne voulaient plus investir aux États-Unis, car le pays était en trouble, il y a seulement des crises là-bas, etc., et le phénomène se répète… » précise l’auteur. Il nous dit également qu’avec les droits de douane du président en poste au sud de la frontière, certaines entreprises sont dévaluées en fonction de la future baisse de leurs ventes sur le marché étasunien. Bref, on comprend pour ce dernier recule parfois rapidement, car le marché n’aime pas ce genre de trouble.
Est-ce que tout le monde peut investir
Certains d’entre vous vont peut-être trouver qu’investir en bourse est élitiste, surtout en ces temps particulièrement difficiles pour une part de plus en plus grande de la population, mais ce que nous dit M. Bérubé, c’est qu’une personne endettée devrait payer ses dettes avant d’investir. « Dans le même ordre d’idée, on regarde l’aéroport Trudeau, ça déborde, même chose à la Cage et au Centre Bell, même par rapport aux voitures, ce n’est pas la majorité des gens qui roulent en Toyota Yaris. Et on regarde les statistiques canadiennes et il y a 30 % des gens gagnants de 250 000 $ et plus qui ne maximisent pas leur CELI (Compte d’épargne libre d’impôt), » ajoute le vétéran journaliste. Les conseils qu’ils donnent, précise-t-il, sont en fonction d’où les gens sont rendus, de leur fourchette salariale, etc. L’auteur de « L’art de multiplier son argent : 17 leçons pour réussir en bourse » souligne que tous ces gens, peu importe leurs revenus, ont besoin d’aide pour éviter les pièges, pour trouver les bons produits et pour savoir quoi faire pour assurer l’avenir de leurs enfants.
Un livre avec beaucoup de contenu
Avec près de 330 pages, le livre pourrait peut-être faire peur à certaines personnes, mais il n’en est rien, comme les livres précédents de M. Bérubé, il se dévore. Et pour ne pas le rendre « plate » comme il dit, l’ajout de graphique aide à la compréhension visuelle de certains concepts. « Il y a 17 leçons, donc chacun des chapitres est assez court et les visuels font respirer le livre pour que ce soit toujours plaisant à lire, » conclut l’auteur.
Bonne lecture !
L’art de multiplier son argent : 17 leçons pour réussir en bourse sur Les Éditions La Presse
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