Pourquoi tous les hommes doivent-ils voir le film François·e
Entre rires et malaise, le film François.e révèle beaucoup sur les hommes québécois. Voici pourquoi il faut le voir avant de juger.
Publié le | 9 minutes de lectureJ’ai vu récemment le film québécois François·e, premier film grand public sur la transidentité. Ce dernier est écrit par Gabrielle Boulianne-Tremblay et Jean-François Léger, réalisé par Jean-François Asselin avec en vedette Louis Morissette dans le rôle-titre (il est aussi producteur avec Louis-Philippe Drolet), Pascale Drevillon, Geneviève Schmidt, Cassandra Latreille, Rachel Graton et Robin Aubert. Cette œuvre sortie au début juillet m’a jeté par terre. Je vous dis pourquoi j’ai adoré ce film, et pourquoi tout le monde devrait aller le voir. Je pense en particulier à vous, messieurs.
François·e ou le miroir des contradictions masculines
Pour résumer l’histoire, c’est celle de François, scénariste sur le déclin, qui, alors que sa vie (et sa maison) tombe en ruine, décide, sur un formulaire, de cocher la case « transgenre » pour obtenir du financement.
Et heureusement (ou malheureusement pour François), ça fonctionne. Il devra alors se métamorphoser et devenir Françoise, une autrice en transition. Dès ce moment, un changement de perception chez ses proches se voit. Son ex-femme et sa fille ont un comportement différent envers lui.
Par contre, le gros défi de François, c’est qu’il ne connaît pas les codes de la série qu’il écrit. Il s’allie donc avec Sarah, vraie écrivaine trans (interprétée par l’excellente Pascale Drevillon), pour donner du réalisme à son scénario.
Alors qu’il embarque dans le projet à pieds joints, il ne se rend pas compte que ses mensonges le piègent lui-même. Tout semble bien aller pour François : l’argent, les relations. Tout est parfait, mais il est sur un fil de fer : tout peut… et va basculer du mauvais côté.
Je disais plutôt, en contradiction, car François, bien que tout semble aller de l’extérieur, à l’intérieur, tout ne va pas bien. Et ça nous en dit beaucoup sur nous, les hommes. Alors que François porte un regard extérieur sur lui-même en tant que Françoise, il comprend tous ses défauts et la façon dont les autres le perçoivent différemment. Une triste réalité.
Un film drôle et touchant

Photo : Danny Taillon
Le film alterne avec aisance entre moments franchement drôles et scènes plus malaisantes, un contraste manifestement voulu, que ce soit avec Daniel, le garagiste campé par Robin Aubert, ou dans la chambre de hockey, véritable chambre d’écho masculine. Difficile de ne pas rire devant cette scène de Pretty Woman, reproduite à la perfection : un vrai bijou de direction artistique.
On peut également parler de celle de la chambre de hockey dont je vous parlais plus haut, où l’acception du changement est au cœur des gens que François côtoie depuis des années et qui, soudainement, changent leur perception du tout au tout depuis qu’il est devenu Françoise.
Un autre moment qui vient toucher une corde sensible est celui de l’agression et du discours avec les forces de l’ordre, qui ne semblent pas prendre les dénonciations de Françoise au sérieux. On peut facilement s’imaginer que c’est un cas réel vécu par la coauteure.
La scène qui se déroule en clinique touche une corde sensible et rappelle à quel point le parcours médical des personnes trans reste semé d’embûches. La RAMQ (et probablement toutes les instances de santé à travers la planète) aurait tout intérêt à mieux accompagner cette réalité. On y sent une réelle complicité, des sentiments au-delà de l’amitié qui se développent entre les deux personnages principaux, allant même jusqu’à s’embrasser.
Mais sous l’humour et la tendresse, le film n’oublie jamais son point de départ : le mensonge que François a coché sur un formulaire pour obtenir du financement.
Ce mécanisme est au cœur du film : un système de financement qui pousse un scénariste en panne d’inspiration à mentir sur son identité pour sauver sa carrière. Le sujet est dérangeant, avec raison, un scénario, aussi bon soit-il (contrairement à la première version que François avait soumise), devrait pouvoir se démarquer par sa qualité, sans égard à l’identité de la personne qui l’a écrit. Le film pose ainsi une question incontournable : faut-il vraiment cocher une case identitaire ou être connu pour qu’un projet soit pris au sérieux ?
Plutôt que d’imposer des quotas, une avenue plus porteuse, selon moi, serait le mentorat : des programmes de parrainage où les voix d’expérience du milieu — à l’écriture, à la scénarisation, au jeu — accompagnent la relève issue de la diversité, sans écarter personne d’autre pour autant. Une façon d’élargir la communauté créative par l’ouverture et l’inclusion, plutôt que par l’obligation.
La réalité du film François·e et les hommes
Il suffit de se rendre sur les comptes de médias sociaux de Louis Morissette, acteur et producteur du film, pour comprendre que plusieurs d’entre nous (je parle ici des hommes) ne vont pas bien.
Dès le dévoilement de la bande-annonce en avril 2026, bien avant même la sortie du film, la controverse éclatait déjà. Et depuis, plusieurs personnes, en majorité des hommes qui n’ont pas vu le film (!!!), s’expriment de façon violente et dérangeante en insultant celui qui tient le rôle-titre ainsi que la communauté trans dans son ensemble. L’acteur et producteur lui-même a dû prendre la parole publiquement pour dénoncer le ton de certains commentaires, qui dépassaient largement le cadre d’une critique légitime envers une œuvre de fiction.
Ce qui frappe, c’est le monde à l’envers : le film, coécrit avec l’autrice trans Gabrielle Boulianne-Tremblay et porté par la magnifique comédienne trans Pascale Drevillon, a plutôt été bien reçu par la communauté trans elle-même. C’est donc ailleurs qu’il faut chercher la source du malaise. Et cet ailleurs, messieurs, c’est nous.
Comment bien agir pour être un bon allié
J’avoue qu’avant de voir le film, certains (plusieurs) codes montrés à l’écran m’échappaient (je dois avouer que je n’ai pas de personne trans dans mon entourage immédiat et j’en côtoie rarement) et certains m’échappent encore.
Il est tout à fait normal de ne pas toujours savoir quoi faire ou comment bien agir. En effet, moins de 2 % de la population est trans, ce qui est peu représenté dans la vie quotidienne de la plupart des gens, mais qui est bel et bien présent. Pour certains, c’est confrontant, et c’est correct de le reconnaître. Il faut savoir mettre des mots sur ce que l’on vit. La différence fait souvent peur, mais il y a une façon de l’exprimer qui ne blesse personne.
Une façon d’évoluer, de comprendre, c’est simplement de poser des questions, quand le moment et la relation s’y prêtent. Et il est tout à fait normal de faire des erreurs, de ne pas connaître tout le vocabulaire : ce n’est peut-être pas votre réalité quotidienne, mais ça ne veut pas dire que vous ne pouvez pas apprendre à mieux la comprendre.
Se tromper de prénom ou de pronom, ça arrive, même avec les meilleures intentions du monde. La différence entre un allié et quelqu’un qui blesse sans le vouloir, c’est souvent la façon de se reprendre : simplement, sans en faire un drame qui ramène l’attention sur soi plutôt que sur la personne en face. On corrige, on continue, on retient pour la prochaine fois.
Être un allié, ce n’est pas non plus attendre d’avoir toutes les réponses avant d’agir. C’est écouter davantage qu’on parle, c’est ne pas laisser passer une blague ou un commentaire méprisant dans une chambre de hockey ou ailleurs, même quand c’est plus facile de rire avec la gang, comme on vous le disait également dans cet article à propos des femmes.
Et c’est parfois aussi simple que d’aller voir un film comme François·e avec un esprit ouvert plutôt que de le juger sur une bande-annonce.
Si le sujet vous interpelle et que vous voulez aller plus loin, des organismes comme Aide aux Trans Québec ou Interligne offrent de l’information et de l’écoute, autant pour les personnes trans que pour leur entourage qui cherche à mieux comprendre.
Au moment d’écrire ces lignes, le film François·e est toujours au cinéma, faisons-en un succès populaire.
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